# TEM / TRANS-EUROPA MEDIAS/ LE FLEUVE SECRET

Le Fleuve secret

Kate Grenville

Métailié

Titre original : The Secret river

Traduit de l’anglais par Mireille Vignol

Dans l’Angleterre du début du 19e siècle, William Thornhill et sa famille plongent peu à peu dans une misère à laquelle seul l’exil forcé en Australie sera un remède. On découvre la vie des « convicts » australiens, puis leur installation sur le continent, et leur lutte quotidienne pour survivre.

William Thornhill, batelier illettré au sang chaud mais au grand coeur, vole une cargaison de bois. Il est banni en Nouvelle-Galles du Sud en 1806. Comme beaucoup de condamnés, il est amnistié après quelques années et s’installe au bord du fleuve Hawkesbury. Peut- être le gouverneur lui fait-il cadeau de cette terre, ou peut-être la prend-il simplement – l’Hawkesbury marque la limite des terres habitées à cette époque et n’obéit pas aux règles normales.

Quoi qu’il en soit, il acquiert cette terre, ses premiers hectares au bord de l’eau. Tout semble le destiner à devenir riche. Il n’y a qu’un seul problème : cette terre appartient déjà à quelqu’un. Elle fait partie du territoire des Darug depuis environ quarante mille ans. Ils n’ont pas construit de barrières, de routes ni de maisons mais ils vivent sur cette terre et de cette terre, aussi clairement que Thornhill avait l’intention de le faire. Ils ne vont pas abandonner leur terre sans se battre. Les lances sont certes des armes primitives, mais les colons savent bien qu’elles peuvent tuer aussi sûrement qu’une balle de mousquet.

Quand il comprend tout cela, Thornhill se trouve devant un choix impossible. Certains de ses voisins – Smasher Sullivan, Sagitty Birtles – considèrent les Darug comme à peine humains, comme des sauvages ayant aussi peu de droits sur leur terre que des chiens. Quand les Darug refusent d’être chassés, ces colons n’ont aucun scrupule à leur tirer dessus ou à les empoisonner. D’autres voisins font un choix différent et trouvent moyen de coexister avec les Darug. Blackwood a créé une famille parmi eux. Mrs Herring “leur donne tout ce qu’ils demandent”.

L’hostilité entre blancs et noirs monte petit à petit. Pour finir, un groupe de colons décide de sortir régler leur compte aux Darug une fois pour toutes. Thornhill se joindra-t-il à eux ? La décision qu’il prend détermine le reste de sa vie. Le Fleuve secret plonge le lecteur dans l’expérience des limites. Qu’est-ce que cela fait – moment après moment, jour après jour – de se trouver dans cette situation ? Le récit ne juge pas les personnages ni leurs actes, il invite seulement le lecteur à se poser la question de savoir ce qu’il aurait fait dans le même cas.

Prix étrangers : Finaliste du Man Booker Prize, Commonwealth Prize for Literature, Booksellers’ Choice Award, Fellowship of Australian Writers Prize

Kate GRENVILLE

Kate Grenville est l’un des auteurs les plus aimés en Australie. Ses oeuvres de fiction ont remporté de nombreux prix tant en Australie qu’au niveau international. The Idea of perfection a remporté en 2001 The Orange Prize for Fiction et devint un best-seller de longue durée. Son dernier roman, The Lieutenant, vient également de remporter The Orange Prize for fiction en 2010.

The Secret River a remporté de nombreux prix en 2006 : The Commonwealth Prize for Literature, The Booksellers’ Choice Award, The Fellowship of Australian Writers Prize et il a été finaliste du Man Booker Prize.

http://www.users.bigpond.com/kgrenville

REVUE DE PRESSE /

La critique de Tournez les Pages

Par Hecate (7 avril 2010) :

« On m’a reproché dans un commentaire sur l’introduction de ma chronique du livre de Paul Wenz, l’Echarde, de ne pas avoir été capable de voir ou de comprendre toute la force de ce texte. Et bien je propose à ce lecteur passionné de  Wenz la lecture du roman de Kate Grenville, le Fleuve Secret. Il découvrira dans ce texte tout ce que je n’ai pas trouvé dans celui de Wenz et notamment de la chair. Car si la langue et les paysages sont dans le roman du français magnifiquement rendus, les personnages eux sont anémiques, presque cadavériques. Kate Grenville, auteure australienne, couronnée par l’Orange Prize en 2001, réalise ici le roman parfait concernant ce moment particulier de l’installation des colons dans des lieux peu accueillants. Si l’Australie et la Nouvelle Galles n’ont pas grand-chose en commun en terme de paysage, l’attitude du colon blanc semble être, elle, tout à fait universelle. Une rencontre tragique qui brise et construit, qui saccage et embellit : une lutte à mort entre la technologie et l’entêtement des uns, le maintien des traditions et des habitudes pour les autres.

Londres, les docks, la pauvreté la plus crasse, la plus violente de cette Angleterre en plein boom économique qui fait la fortune de quelques uns et le désespoir de tant d’autres. La famille Thornhill, comme tant d’autres. La précarité, l’absence d’hygiène, les enfants de l’amour qui épuisent et détruisent. Et la mort qui s’instille entre les planches des cabanes de fortunes. Le jeune William Thornhill échappe à la mort précoce de ces enfants de la misère, il veut ne plus avoir faim, ne plus avoir froid, ne pas finir comme ses frères, ne pas se perdre dans les brumes. Il a la chance de rencontrer le propriétaire d’un de ces nombreux bateaux qui transportent marchandises et personnes d’un point à l’autre de Londres. Il rencontre également l’amour de sa vie, la jolie et invincible Sal. Ils semblent tous les deux voués à échapper à la boue, mais le destin est un joueur redoutable et du jour au lendemain tous leurs rêves s’écroulent. Will est arrêté pour vol et à Londres, au début du XIXè siècle, le destin des voleurs passent et finit au bout d’une corde.

Sal parvient à lui obtenir une grâce qui ressemble à une malédiction : Will le petit londonien, le fils de la Tamise, est exilé bien loin de la capitale de l’Empire, en Nouvelle Galles, dans une zone à peine défrichée où les blancs vivent dans la terreur des autochtones, ces noirs vicieux et cruels qui dévorent les petits enfants. Après des longues années de travaux pénibles, Will se découvre un nouveau rêve. Dans ce monde encore sauvage, tout revient à celui qui déclare : « ceci m’appartient ». Qu’importe les ombres noires qui vivent dans les forêts, les bords des fleuves et des rivières peuvent se conquérir d’un simple mot. Sur les bords du fleuve Hawkesbury, Will et sa petite famille vont tenter de trouver le bonheur et la fortune.

Kate Grenville parvient avec art et beaucoup d’intelligence (pour ne pas parler du travail de recherche) à rendre la pénibilité de la vie des classes laborieuses de Londres, puis à se glisser dans celui de ces forçats devenus maîtres de ce nouveau continent. Les personnages complexes sont d’une épaisseur rare et peints tout en nuance. Confrontés à la violence sociale européenne, puis à la violence coloniale, au racisme, à la peur, à l’incompréhension, ces héros naviguent dans les eaux terribles d’une histoire où l’héroïsme n’a pas sa place. Elle ne cède jamais ni à la vindicte contre les colons, ni au misérabilisme envers les perdants de tous les bords, elle brosse une fresque aux couleurs sombres et lumineuses d’un temps où il fallait survivre. A n’importe quel prix.  De la chair et de la complexité, c’est cela qui caractérise le très beau roman de Kate Grenville. C’est ce qui manquait cruellement au livre de Wenz. C’est sans doute également le sens de l’histoire, la différence entre les époques, le temps des colons qui s’oppose au temps de la réflexion. »

http://tournezlespages.wordpress.com/2010/04/07/kate-grenville-le-fleuve-secret-metailie/

Bibliothèque anglo-saxonne

390 pages, 22 €

ISBN 978-2-86424-727-2

 

 

 

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