# TRANS-EUROPA MEDIAS / ESSAI / PETITE POUCETTE

SP - TEM petite poucette

Auteur : Michel Serres

Editeur : Editions le Pommier

Collection : Manifestes

Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer !

Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi majeure, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.

De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise « Petite Poucette » – clin d’œil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces.

Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître…

Débute une nouvelle ère qui verra le triomphe de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d’une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique…

Faisons donc confiance à Petite Poucette pour mettre en œuvre cette utopie, seule réalité possible !

CE QU’ILS EN DISENT …

INTERVIEW DE L’AUTEUR PAR LE POINT (PARIS)

Extraits :

« Le Point : Enfant d’Internet et du téléphone mobile, Petite Poucette – le surnom que vous donnez à la nouvelle génération – vit dans un monde radicalement différent de celui qu’ont connu ses grands-parents. Appartient-elle encore à la famille d’ »homo sapiens » ou assistons-nous à la naissance d’un nouvel humain ?

Michel Serres : Nouvel humain, n’exagérons pas ! La mutation en cours n’est pas tout à fait comparable à celle qui nous a fait passer à la station debout. Reste que, après l’invention de l’écriture et celle de l’imprimerie, il s’agit de la troisième rupture anthropologique de l’histoire de la personne humaine. J’en recense les principaux éléments : croissance démographique, développement urbain, chute de la part de l’agriculture dans l’activité, allongement de la durée de la vie, progrès de la médecine. Tout cela a profondément modifié notre rapport à la naissance et à la mort. Il y a quelques générations, des époux se juraient fidélité pour une dizaine d’années ; aujourd’hui, quand mes étudiants se marient, ils ont pour horizon soixante-cinq années de vie commune !

C’est peut-être pour cela qu’ils se marient moins… Mais, si vous parlez de la génération SMS et GPS, n’est-ce pas parce que les inventions technologiques des dernières décennies ont constitué le premier facteur de rupture ?

Bien entendu ! Les nouvelles technologies ont changé notre perception de l’espace et du temps, rien de moins ! Elles n’ont pas réduit les distances comme l’avaient fait l’âne ou le jet, elles les ont supprimées. Dans ma jeunesse, j’ai été marin ; j’étais stationné à Djibouti quand ma fiancée habitait Bordeaux. Quand ses lettres me parvenaient, elles répondaient à celles que je lui avais écrites trois ou quatre mois plus tôt, aussi me semblaient-elles très décalées. Je me demande comment on pouvait avoir une correspondance amoureuse avant Internet.

Diderot ne se posait pas cette question quand il écrivait à Sophie Volland. Par ailleurs, ce décalage temporel permettait une distance que l’on peut trouver appréciable. Cela dit, votre diagnostic est difficilement contestable. Ce qui l’est plus, c’est que toutes les nouveautés vous enchantent. N’êtes-vous pas un ravi de la crèche numérique ?

La formule est un peu sévère ! En revanche, j’admets volontiers éprouver une méfiance instinctive à l’égard des pessimistes. Je sais bien que le catastrophisme est vendeur, mais, voyez-vous, j’ai des enfants, des petits-enfants et des étudiants. Cela explique sans doute que je pratique un optimisme de combat.

L’optimisme n’exclut pas la lucidité. Or on dirait que vous vous interdisez tout jugement négatif sur l’époque. Ne voyez-vous que des avantages à la disparition des hiérarchies élève/professeur, lecteur/auteur, patient/médecin ?

Je ne vais pas me lamenter parce que les relations entre élèves et professeurs ne sont pas les mêmes qu’il y a quarante ans (…)

Certes, mais ne cédez-vous pas à l’illusion du monde en réseau dans lequel chacun croit pouvoir être romancier, professeur… ou journaliste ?

C’est une question décisive. Il suffit de s’intéresser à la production littéraire ou musicale contemporaine pour savoir que tout le monde n’est pas Montaigne ou Mozart. Mais, en même temps, votre remarque me fait penser aux réactions suscitées par l’instauration du suffrage universel : comme vous, beaucoup de gens s’indignaient que l’on puisse donner une voix équivalente à un grand professeur et à sa concierge. Or c’est le fondement de la démocratie.

Le savoir, la culture peuvent-ils être démocratiques ? N’est-il pas dangereux de laisser croire que tout se vaut ?

Toute nouveauté suscite deux types de questions, les unes nouvelles, les autres récurrentes : la vôtre appartient à la seconde catégorie. Voyant arriver des livres, Leibniz, qui était bibliothécaire à Hanovre, s’indigne : cette horrible masse de livres, pense-t-il, va tout égaliser et risque de conduire à la barbarie plutôt qu’à la culture. Que vous le vouliez ou non, la démocratisation du savoir est une réalité. À 20 ans, comme j’avais acquis une double culture, en maths et en philo, je suis devenu épistémologue, ce qui consiste à analyser les méthodes et les résultats des sciences, et même à les juger. J’ai publié le premier article analysant la bombe atomique du point de vue de l’éthique des sciences. Nous étions alors une petite dizaine d’épistémologues dans le monde. Interrogez un passant sur le nucléaire, les mères porteuses, les OGM, il aura une opinion. Autrement dit : il y a aujourd’hui sept milliards d’épistémologues. Vous me direz que leurs opinions sont plus ou moins fondées. Reste que la politique ne peut pas faire abstraction de cette évolution. »

Interview complète sur :

http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/michel-serres-bienvenue-a-l-homme-nouveau-14-06-2012-1474761_326.php

L’AUTEUR

Professeur à Stanford University, membre de l’Académie française, Michel Serres est l’auteur de nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences, dont les derniers, Temps des crises et Musique ont été largement salués par la presse. Il est l’un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture.

FICHE TECHNIQUE

broché,

84 pages (135 x 200)

Prix : 9,50 euros €

ISBN/EAN : 9782746506053 / 9782746506053

TEM

 

 

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