# TRANS-EUROPA MEDIAS/ GUINEE (1) : DES ELECTIONS LEGISLATIVES 2013 SOUS HAUTE TENSION

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Elections législatives en Guinée (Conakry) – ne pas confondre avec la Guinée Bissau et la Guinée Equatoriale (anciennes colonies portugaises) – ce 28 septembre 2013, sous tension et dans un climat politique tendu, dans cette ex-colonie française indépendante en 1958 et habituée à l’instabilité politique et militaire …

Plus de 5 millions d’électeurs doivent choisir leurs députés. Au total, 1.714 candidats, parmi une trentaine de listes, en compétition pour 114 sièges à pourvoir, sur un seul tour.

DES ELECTIONS ATTENDUES … ET DEJA REPORTEES

Le scrutin a été repoussé plusieurs fois, en raison d’absence de consensus entre pouvoir et opposition, notamment sur le fichier électoral. Le processus électoral a été grippé pendant plusieurs mois par un bras de fer entre les deux camps, qui a parfois conduit à des manifestations marquées par des violences meurtrières.

Les élections législatives en Guinée, prévues quatre jours plutôt, avait encore été reportées à ce 28 septembre, pour permettre de procéder à des « ajustements », après des concertations avec la classe politique guinéenne, selon un responsable de l’ONU. Elles ont été reportées plusieurs fois, pour être finalement fixées à samedi, à cause des divergences entre le pouvoir et l’opposition, cette dernière ayant menacé de ne pas y participer si des corrections n’étaient pas apportées notamment sur le fichier et le découpage électoraux, parmi les points fondamentaux de désaccord entre les deux camps. L’opposition soupçonnait le fichier électoral d’avoir été « gonflé » en faveur du pouvoir dans les zones considérées comme pro-Condé et réduit dans des zones réputées fiefs des opposants. Autre point de désaccord: la Céni, jugée partiale par les opposants.

L’annonce du dernier report avait été faite devant la presse à Conakry, la capitale, par Saïd Djinnit, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest. Ètaient également présents les responsables de l’opposition, dont les ex-Premiers ministres Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, ainsi que de la majorité présidentielle, dont Saloum Cissé et Kiridi Bangoura.

La décision avait été alors saluée dans la salle par des applaudissements et des cris de joie, signe d’une décrispation de la situation alors que quelques heures auparavant, majorité et opposition étaient divisées sur la question d’un report. A l’issue de « consultations » entre la classe politique guinéenne et des représentants de la communauté internationale, dont l’ONU, « il a été convenu qu’un délai exceptionnel de quatre jours soit accordé à la Céni (Commission électorale nationale indépendante) pour procéder aux ultimes ajustements avant la tenue du scrutin », avait expliqué M. Djinnit, également « facilitateur » international dans ce dossier.

« Au nom de la facilitation et de la communauté internationale, il me plaît d’annoncer aux Guinéens et aux Guinéennes que toutes les parties prenantes dans le processus électoral ont souscrit à cet engagement. Nous sommes convaincus qu’avec cet accord, rien ne pourra plus entraver la tenue des élections législatives dans des conditions libres, transparentes, et inclusives le samedi 28 septembre 2013 en Guinée et à l’étranger », avait-il déclaré. Il avait encore invité « toutes les autorités nationales concernées à prendre les actes nécessaires à la mise en oeuvre immédiate de cet accord ».

LES ENJEUX DE CES LEGISLATIVES GUINEENNES

Ce scrutin a été repoussé depuis près de trois ans en raison d’absence de consensus entre pouvoir et opposition. Ces législatives devaient en effet être organisées dans les six mois suivant l’investiture, en décembre 2010, d’Alpha Condé, le premier président démocratiquement élu dans le pays, après deux ans de transition agitée sous la coupe de militaires putschistes.

Le scrutin ne se déroule pas dans la plus grande sérénité : les élections ont été à nouveau repoussées de 4 jours après des émeutes dans la banlieue de Conakry la semaine dernière.

D’autre part, la presse faisait état cette semaine d’un possible coup d’Etat sur fond d’exploitation du site du Simandou, le plus grand gisement ferreux encore non exploité dans le monde.

« Le scrutin, reporté maintes fois, se tient samedi sur fond de tensions politiques et de rumeurs de coup d’État », commente Le Figaro (Paris). « C’est pour achever un très long processus que la Guinée organise samedi pour la première fois des élections législatives libres ». «Cela doit mettre un terme à la transition commencée à la mort du président Lassana Conté en 2008», explique le politologue Mamadou Alliou Barry.

Le Figaro dresse un bon constat de la situation politique : « Ce scrutin suit la victoire d’Alpha Condé en novembre 2010, lors d’un vote historique libre et à peu près transparent. Le délai entre les deux étapes montre l’extrême difficulté à mettre en place des élections ouvertes, dans un pays qui n’avait jamais connu jusque-là que la dictature. Les difficultés d’organisation sont l’une des raisons de ces retards. Mais surtout la présidentielle, extrêmement serrée, entre l’opposant de toujours Alpha Condé et l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo, a laissé des traces. «Cellou», le leader de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) n’a jamais accepté sa défaite face au chef du RPG (Rassemblement du peuple de Guinée). Sorti très largement en tête du premier tour, Cellou Dalein Diallo avait été battu sur le fil. Samedi, en dépit de plus de 1 700 candidats, l’élection prend essentiellement les allures d’un nouveau duel entre ces deux formations et entre ces deux hommes, dans un climat très tendu. »

CE 28 SEPTEMBRE: UNE FORTE AFFLUENCE ET DES DYSFONCTIONNEMENTS SIGNALES

Les premières élections législatives libres en Guinée depuis 2002 se sont donc enfin tenues ce samedi 28 septembre. Cinq millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir 114 députés. Les bureaux de vote ont fermé et le dépouillement a commencé.

« Tout s’est passé dans le calme, malgré quelques dysfonctionnements techniques ; la participation semblait au rendez-vous » commente RFI. La Commission électorale nationale indépendance annonçait une participation de 40% dans l’ensemble du pays à la mi-journée. Les premiers résultats provisoires étaient attendus dans les trois jours à venir.

A Conakry en ce jour de vote à noter « la belle affluence dans les bureaux de vote » selon RFI. « Les Guinéens se sont déplacés en masse et globalement dans le calme. Il y a certes eu quelques incidents, notamment des électeurs frustrés de ne pouvoir voter parce qu’ils n’avaient pas reçu leur carte d’électeur ».

Mais ce qu’il faut surtout noter, c’est que la commission électorale, la Céni, a passé la journée à corriger des dysfonctionnements.

En dépit du calme ayant généralement prévalu lors du scrutin, des problèmes liés à l’organisation du vote se sont posés dans plusieurs bureaux. Des représentants de l’opposition, des observateurs et la presse locale ont fait état de difficultés liées à l’organisation du vote.

Dans plusieurs bureaux de vote à Conakry, des problèmes matériels liés notamment à l’absence ou la qualité de l’encre indélébile et d’enveloppes. Plusieurs personnes munies de leur récépissé d’inscription sur les listes électorales n’ont notamment pas pu voter à cause de la décision prise par la Céni de ne pas les accepter comme sésame électoral.

« C’est à Conakry que nous avons rencontré le plus grand nombre de problèmes. Nous avons essayé de les corriger », a déclaré samedi soir le directeur de la communication de la Céni, Alpha Yéro Condé, lors d’une conférence de presse à Conakry, sans s?appesantir sur ces « problèmes ».

RFI dressait le constat de ces dysfonctionnements : « En banlieue de Conakry notamment beaucoup de bureaux manquaient encore – le samedi matin – de matériel. A Sangoya, Wanindara, Simbaya, les bureaux de vote ont été livrés dans l’après-midi, mais on a parfois dû improviser et, par exemple, partager des bulletins de vote entre plusieurs bureaux de vote pour pallier les manques. En province, certains opposants signalent des bureaux de vote trop éloignés des électeurs ou même carrément introuvables et des dérogations excessives ainsi que des enveloppes manquantes ». Un accouchement délicat donc pour ces élections législatives, mais une participation qui, notamment à Conakry, devrait être plus qu’honorable.

Plus d’une centaine d’observateurs de l’Union européenne et l’Union africaine supervisaient le vote, dont les résultats provisoires doivent être annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) dans les 72 heures suivant le scrutin, d’après les dispositions légales.

Le comptage de voix se poursuivait ce dimanche en Guinée au lendemain d’élections législatives qui se sont déroulées dans le calme et ont mobilisé les électeurs en dépit de craintes de violences. Ces inquiétudes de troubles n’étaient toutefois pas dissipées, face aux réactions imprévisibles que pourrait susciter l’annonce des résultats officiels provisoires, prévue pour le 2 octobre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

« Le comptage des voix ne devrait pas durer. Il a commencé et des bureaux de vote ont même commencé à donner des résultats » partiels provisoires, à Conakry et en province, a affirmé dimanche à l’AFP un responsable de la Céni. La commission électorale a annoncé qu’elle communiquera des « résultats partiels provisoires » lundi et mardi, et puis les chiffres « totaux provisoires » mercredi 2. Selon la loi, les résultats définitifs doivent être donnés par la Cour suprême dans les dix jours qui suivent le scrutin.

UNE PARTICIPATION MASSIVE

Selon la Céni, la participation au scrutin de samedi a été importante, avec « une tendance de plus de 80% ». « Nous avons relevé le défi de la participation massive. (…) Nous avons passé une journée de vote calme. Il n’y a pas eu de +clash+ (heurts), les Guinéens se sont bien comportés », s’était réjoui le responsable de la Communication de la Céni, Alpha Yéro Condé, lors d’une conférence de presse samedi soir à Conakry. Plus de cinq millions d’électeurs étaient appelés aux urnes.

UN CLIMAT DE VIOLENCE MEURTRIERE SUR FOND DE TENSIONS ETHNIQUES

ET RELIGIEUSES

La contestation politique a été marquée ces derniers mois par plusieurs manifestations qui ont dégénéré en débordements meurtriers.

Des incidents entre des militants du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, pouvoir), qui dirige la coalition RPG-Arc en ciel, et du principal parti d’opposition, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, avaient fait les 22 et 23 septembre au moins un mort et plus de 70 blessés, selon un bilan officiel. Ces heurts avaient opposé de jeunes Malinké, ethnie du président Condé, à de jeunes Peuls, ethnie de Cellou Dalein Diallo, dans un pays où les divisions politiques recoupent souvent les dissensions ethniques.

Le Figaro rappelle le poids de ces rivalités ethniques sur la politique guinéenne : « Derrière les acronymes politiques, c’est en fait une lutte interethnique qui se joue entre les deux groupes dominants: les Malinkés d’Alpha Condé et les Peuls de Cellou Dalein Diallo. En deux ans, ces tensions ne se sont en rien apaisées. Ainsi, l’UFDG soupçonne le pouvoir de vouloir organiser des fraudes. Le parti rejette, en termes violents, la commission électorale (Céni), pas assez indépendante et professionnelle à ses yeux. Non sans raison. «La Céni est inquiétante et n’a pas vraiment donné de gages de compétence», affirme un diplomate. »

« Ces derniers jours, précise encore Le Figaro, des heurts ont opposé forces de l’ordre et militants de l’IFDG, faisant un mort et 70 blessés. Et les partisans de Cellou Dalein Diallo ne cessent de dire qu’ils sont prêts à s’opposer par la force à une élection qu’ils jugeraient frauduleuse. Le gouvernement martèle qu’il n’entend pas laisser la violence s’installer. Ces rivalités ont totalement balayé les programmes, et notamment les pistes pour développer la Guinée, l’un des pays les plus pauvres du monde alors qu’il dispose de réserves de bauxite et de fer estimées à plusieurs dizaines de milliards d’euros. »

A cela s’ajoute encore des tensions religieuses entre chrétiens et musulmans.

La Guinée, pays francophone de quelque 11 millions d’habitants, compte près de 90% de musulmans, et environ 10% de chrétiens, à côté d’adeptes de croyances traditionnelles.

A la veille de ce scrutin, deux chefs religieux, l’un musulman, l’autre chrétien, ont appelé vendredi à des élections législatives apaisées : « Mon souhait pour mon pays est la paix. (…) Il faut que le Guinéen se ressaisisse et pense à son pays », a affirmé l’archevêque de Conakry, Mgr Vincent Coulibaly. « J’appelle tous les acteurs politiques à mettre la Guinée devant », avant leurs intérêts, a déclaré le grand imam de Conakry, Mamadou Saliou Camara.

La peur restait de voir de nouvelles violences reprendre à l’occasion de ces élections. Après le jour de vote de samedi marqué par une suspension des activités, un ralentissement de la circulation notamment, la vie avait timidement repris dimanche matin, jour non ouvrable en Guinée …

TEM / avec EODE – AFP – RFI – Le Figaro / 6 oct. 2013 /

 (infographie AFP)

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