# TRANS-EUROPA MEDIAS / «NOUS VOULONS VOTER» : LE DÉFI CATALAN À MADRID

TEM - posts - ACTU «Nous voulons voter» le défi catalan à Madrid (2014 04 01)

«Nous voulons voter. Qu’ils nous envoient les chars, cela ne nous arrêtera pas»

- Marc Cots, étudiant catalan.

Le référendum d’auto-détermination de la République de Crimée et de la Ville autonome de Sébastopol, qui ont voté massivement pour l’indépendance vis-à-vis de l’Ukraine et le rattachement à la Fédération de Russie, sans tenir aucun compte du refus et de l’hostilité du Bloc occidental USA-OTAN-EU et des institutions internationales comme l’ONU ou l’OSCE, a relancé la dynamique des référendums dans l’UE.

Un précédent occulté par les politiques ou les médias de l’UE mais qui pèse lourd dans la coulisse. Et la présence parmi les observateurs internationaux de la Mission de Monitoring du référendum criméen organisée par l’Ong indépendante transnationale EODE (contre l’avis de Bruxelles, des USA et de l’OSCE) de députés autonomistes flamands (Belgique), catalans et galiciens (Espagne), venus observer le processus et parler de leurs causes, n’était pas un hasard.

LE DEFI CATALAN ET L’EXIGENCE DU REFERENDUM :

« NOUS VOULONS VOTER »

«Nous voulons voter. Qu’ils nous envoient les chars, cela ne nous arrêtera pas», lance Marc Cots, un étudiant de 20 ans. Sur la place de Catalogne, au coeur de Barcelone, il vient de signer une pétition réclamant un referendum sur l’indépendance régionale.

Jeunes, familles avec enfants, retraités et même quelques touristes défilent dans un goutte à goutte incessant devant le stand signalé par une «estelada», le drapeau indépendantiste catalan rayé jaune et rouge, frappé d’une étoile blanche.

Tous ont en tête la date du 9 novembre: celle du referendum annoncé par le président nationaliste Artur Mas, réclamé avec force par une large partie de la société catalane et déclaré illégal par Madrid.

«Pour moi, la décision du Tribunal constitutionnel ne change rien. La Catalogne est une nation par son histoire, sa langue, sa culture spécifique», ajoute le jeune homme. «Nous avons le droit de voter, que cela leur plaise ou non».

Sur la place de Catalogne grouillante de monde, des volontaires de l’Assemblée nationale catalane (ANC), un puissant groupe de pression qui milite pour l’indépendance, recueillent des signatures pour réclamer un referendum. Dans des centaines de communes catalanes, l’ANC mène la même campagne. Si la consultation n’avait pas lieu, le groupe plaide pour une proclamation d’indépendance unilatérale.

200.000 SIGNATURES POUR LE REFERENDUM

Le nombre de signatures recueillies reste confidentiel mais l’ANC affirme qu’en janvier, sur un seul week-end, elle a obtenu plus de 200.000 soutiens. «Les gens ont de grands espoirs. Jamais nous n’avons été aussi près du but», remarque Lluisa Forcadell, une volontaire de 55 ans qui dépose une nouvelle signature dans une urne de carton.

Puissante région du nord-est de l’Espagne, peuplée de 7,5 millions d’habitants, la Catalogne revendique fièrement son identité culturelle et linguistique. Et ceci depuis le début des Années 30 et la guerre civile de 1936-39. Mais sous l’effet de la crise économique qui l’a contrainte à de lourds sacrifices, la revendication d’indépendance y a gagné du terrain, au-delà d’un sentiment nationaliste déjà très fort.

Sous pression de la rue, Artur Mas et sa coalition conservatrice CiU ont fait alliance avec les indépendantistes de gauche de l’ERC pour annoncer un referendum.

Alors que le gouvernement espagnol de droite ne cesse d’affirmer que la consultation n’aura pas lieu, le Tribunal constitutionnel a rejeté mardi la déclaration de souveraineté adoptée par la Catalogne en 2013, qui a servi de base à la convocation du referendum.

Faisant fi de cette décision, Artur Mas a promis de poursuivre sur cette voie.

LE PEUPLE CONTRE LES INSTITUTIONS ESPAGNOLES

«Les sondages disent que le peuple catalan veut être consulté, qu’ils sont entre 70% et 80% à vouloir voter», remarque Jordi Matas, professeur de Sciences politiques à l’université de Barcelone. «Il ne s’agit pas de la dérive indépendantiste d’un gouvernement. Il y a une majorité parlementaire derrière et surtout, une majorité sociale qui réclame ce referendum», souligne-t-il.

Sergi Codina, un gérant de restaurant de 32 ans, vient de signer la pétition. «Avec Madrid on ne peut tomber d’accord sur rien. C’est pour cela que nous devons continuer, quitte à nous mettre hors-la-loi».

L’ANC a déjà démontré sa capacité à mobiliser lors de gigantesques manifestations en 2012 et 2013, le 11 septembre, à l’occasion de la Diada, le Jour de la Catalogne, date symbolique de la prise de Barcelone, en 1714, par les troupes franco-espagnoles.

Cette fois, elle s’apprête à publier une feuille de route fixant au 23 avril 2015 la proclamation d’indépendance. «Nous ferons pression sur le gouvernement catalan et les partis politiques, parce que nous pensons que l’indépendance est la seule voie possible», explique à l’AFP sa présidente, Carme Forcadell.

Une association d’extrême-droite espagnole, Manos Limpias, a demandé l’interdiction de l’ANC, l’accusant d’appel à la sédition. Avec pour effet de faire bondir le nombre d’adhérents, de 22.000 à plus de 30.000 en une semaine.

«Les politiques ne peuvent plus revenir en arrière. Ce serait un échec total», lance Manuel Gonzalez, un pré-retraité de 63 ans. «Il faut continuer, même si c’est contraire à la Constitution. S’ils le veulent, qu’ils nous mettent en prison. Mais ils devront en trouver une assez grande pour que nous tenions tous», ironise sa femme, Lourdes Company, en épinglant sur sa poitrine un badge aux couleurs de l’indépendance.

VERS LE REFERENDUM

Le référendum devrait donc être organisé en cette année 2014, malgré l’opposition de Madrid, qui le juge illégal.

Ce référendum sur l’indépendance de la Catalogne était une promesse électorale lancée lors du scrutin régional du 25 novembre 2012. C’est désormais un engagement politique, ferme et daté: cette année, les électeurs seront appelés à se prononcer sur la création d’un État catalan.

Après trois semaines de négociations, les deux grandes familles politiques de la région autonome étaient tombées d’accord fin 2012. Les nationalistes de centre droit de Convergència i Unió (CiU) maintiendront leur chef de file, Artur Mas, à la tête de la région. Les indépendantistes de gauche d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) leur prêteront leurs voix au Parlement régional lors de l’investiture de Mas.

Le recul de CiU aux élections (de 62 à 50 députés, sur un total de 135) contraignait alors Mas à négocier avec d’autres partis. Et sa campagne, focalisée sur la proposition d’un référendum, excluait de fait un accord avec des forces non nationalistes. ERC, dont la progression a été spectaculaire (de 10 à 21 sièges), l’avait bien compris et avait négocié son appui au prix fort. Les indépendantistes n’occuperaient aucun portefeuille au gouvernement catalan. En revanche, ils imposent à CiU des hausses d’impôts au lieu de coupes budgétaires et, surtout, une feuille de route souverainiste. CiU ne voulait pas s’engager sur une date pré­cise, ERC l’y contraignait.

Selon le texte qu’elles ont signé, les deux formations s’engagent «à convoquer une consultation dans le cadre de la légalité applicable» en 2014, «sauf si le contexte socio-économique et politique requiert un ajournement. Dans tous les cas, la date sera fixée par un accord entre, au moins, les deux partis signataires».

L’accord prévoit simplement que «le peuple de Catalogne puisse se prononcer sur la possibilité que la Catalogne se constitue en un État dans le cadre européen». La légalité du référendum est abordée de manière suffisamment vague pour satisfaire tout le monde: les plus timides, qui, à l’intérieur de CiU, veulent que le scrutin soit conforme à la Constitution espagnole – ce qui, en l’état des textes, semble impossible -, et les plus décidés, surtout chez ERC, qui considèrent que l’autodétermination est garantie par le droit international. Le gouvernement espagnol a répété depuis son opposition à un scrutin qu’il juge illégal. La bataille politique et juridique ne fait que commencer.

TEM/ avec EODE – AFP / 1er avril 2014 /

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