# TRANS-EUROPA MEDIAS / KIEV ENTRE BRUXELLES ET MOSCOU : L’ARRIERE-PLAN GEOPOLITIQUE ET IDEOLOGIQUE

TEM posts - GEOPOL ukraine. L'arrière plan (2013 07 26)

« C’est une grande bataille géopolitique, une bataille pour l’avenir du continent européen »

- Aleksander Kwasniewski, émissaire européen à Kiev et ex-président polonais.

« Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire, mais elle le devient automatiquement avec une Ukraine subornée, puis subordonnée »

- Zbigniew Brzezinski (in Le Grand Echiquier)

L’Ukraine est au cœur de l’affrontement Est-Ouest. Ce 21 novembre Kiev a rejeté la proposition d’accord entre l’Ukraine et l’UE. Pour des raisons économiques – l’accord aurait conduit selon de nombreux experts à la faillite de l’Etat ukrainien en 2014 – mais aussi politiques et géopolitiques. Kiev a en effet privilégié la voie d’intégration eurasiatique proposée par Moscou. Celle que j’ai théorisée dès 2006 sous le nom de « Seconde Europe ».

Avec l’Ukraine on est confronté à un arrière-plan géopolitique, idéologique et politique, qui va bien au-delà des dossiers économiques mis en avant par les médias occidentaux.

1/ L’ARRIERE-PLAN GEOPOLITIQUE :

LA DOMINATION DU « GRAND ECHIQUIER » EURASIATIQUE

Relire Brezinski et son « Grand Echiquier » publié en 1997 !

Disciple de Henry Kissinger – le « Richelieu américain » selon certains – et adepte de la « real politique » comme lui, Brzezinski, d’origine polonaise, a été conseiller du président des Etats-Unis de 1977 à 1981. Depuis 2007, il est avec le financier Söros le conseiller spécial d’Obama. La réflexion de Brzezinski est centrée sur les conditions géopolitiques de la puissance américaine et de son contrôle sur l’Eurasie, le « grand échiquier » où Washington doit éliminer tout rival potentiel ou réel. Brzezinski entend définir les conditions de la puissance américaine au XXIeme siècle, la maintenir dans son rôle hégémonique de garants du « Nouvel Ordre Mondial » et pérenniser la sujétion de l’Europe occidentale. Pour maintenir leur leadership, qui n’est rien d’autre que la domination mondiale, les USA doivent avant tout maîtriser le « grand échiquier » que représente l’Eurasie, où se joue l’avenir du monde.

Cette maîtrise, explique Brezinski, repose sur la sujétion de l’Europe occidentale, étroitement liée aux USA dans un ensemble politico-économique occidental, la communauté atlantique cadenassée par l’OTAN. Elle repose aussi sur l’isolement de la Russie qu’il faut affaiblir irrémédiablement et démembrer.  Le danger mortel pour les USA, puissance extra-européenne à l’origine de par sa situation même, serait d’être expulsée d’Europe occidentale, sa tête de pont en Europe. Dans cet objectif, tout rapprochement de l’Europe et de la Russie, toute union eurasienne doit être empêchée par tous les moyens.

Zbigniew Brzezinski écrit : « L’Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l’Amérique. Pour l’Amérique, les enjeux géostratégiques sur le continent eurasien sont énormes. Plus précieuse encore que la relation avec l’archipel japonais, l’Alliance atlantique lui permet d’exercer une influence politique et d’avoir un poids militaire directement sur le continent. Au point où nous en sommes des relations américano-européennes, les nations européennes alliées dépendent des Etats-Unis pour leur sécurité. Si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des Etats-Unis. A l’inverse, si les liens transatlantiques se distendaient, c’en serait finit de la primauté de l’Amérique en Eurasie ».

L’Ukraine est pour les géopoliticiens américains la clé de la seconde vague d’assaut contre la Russie. Après la destruction de l’Union Soviétique et de la Yougoslavie, il s’agit d’isoler – c’est la stratégie de l’étouffement – la Russie, avant de la démembrer. Pays baltes, Moldavie, Ukraine et Caucase : il faut attirer dans la sphère d’influence américaine – et « la politique de « partenariat oriental » de l’UE n’est rien d’autre qu’un cheval de Troie des USA et de son bras militaire l’OTAN à l’Est » analyse les experts d’EODE – les pays de l’ « étranger proche » russe. Les pays qui faisaient partie jusqu’en 1991 de l’Empire russe, puis de l’URSS. Certains géopolitologues US, comme Georges Friedman (l’influent CEO de Stratfor) dans ses deux livres les plus récents, évoquent ouvertement un effondrement de la Russie entre 2020 et 2030. Qui sera démembrée en trois états réduits.

L’Ukraine est la clé de cette bataille pour la domination de l’Eurasie. Qui est la clé de la domination modiale.

La Moldavie – sous pression de l’UE, du NATO et des appétits nationalistes roumains (les rêves de « Grande Roumanie » comme au temps du régime monarchique et fasciste, allié d’Hitler) – en étant l’avant-poste géopolitique. La Roumanie joue un rôle de plate-forme de projection militaire pour l’OTAN et les USA vers la Russie, l’Ukraine, le Belarus et les Balkans. On y installe le réseau de radars et de missiles US, officiellement dirigé contre l’Iran, mais qui vise en fait la Russie. Et les USA construisent à Constansa sur la Mer Noire leur plus grande base navale.

A noter enfin, à la frontière de la Moldavie et de l’Ukraine, sur le Dniester, la petite République Moldave du Dniester, la PMR, improprement connue sous le nom roumain de « Transnistrie » (donné au temps de l’occupation de 1941-44, où la Roumanie fasciste participait avec le Reich nazi à l’agression contre l’URSS), Etat autoproclamé à la fin de l’URSS et pro-russe, qui est un « pivot géopolitique ». La clé du maintien du contrôle russe sur l’Ukraine. Et la véritable raison de l’intérêt des Occidentaux pour la Moldavie.

2/ LA SITUATION POLITIQUE EN UKRAINE :

L’Ukraine est dans une séquence politique qui va des Législatives d’octobre 2012 – gagnée par les partis (globalement) pro russes contre le camp orangiste de 2004 pro occidental recomposé – et les élections présidentielles de 2015. Le régime de Yanoukovitch y joue son maintien au pouvoir et le président ukrainien sa survie politique.

L’UE, avec l’arrogance insoutenable qui caractérise les politiciens de Bruxelles, s’est ingérée dans cette bataille politique et a entendu y dicter sa loi. L’UE a voulu faire de la libération de Yulia Timochenko, l’ex égérie de la « révolution orange » de 2004, en prison pour corruption et abus de pouvoir, une condition obligatoire. Celle que les media occidentaux présentaient comme « la Jeanne d’Arc ukrainienne » (sans rire, notamment ARTE) est aussi et surtout la « gaz princess », une oligarque ukrainienne qui a pillé l’Ukraine, comme ses épigones russes l’ont fait sous Eltsine. Et sa libération visait à faire d’elle la rivale, soutenue par Washington, l’OTAN et l’UE, de Yanoukovitch en 2015. Le président a donc, comme le notait hier un expert ukrainien pour RT, tout fait pour faire capoter les négociations avec l’UE. Faute stratégique majeure des politiciens de Bruxelles.

A noter encore que l’Ukraine est un pays divisé, mal intégré.

A l’Ouest – avec Lviv (Lvov) comme centre – des régions qui historiquement ont fait partie de l’Empire des Habsbourg ou de la Pologne. De religion catholique uniate. De tradition nationaliste et qui a été le cœur du fascisme ukrainien avant 1945 et après 1990, fournissant aussi les gros bataillons de la collaboration avec les nazis (y compris plusieurs divisions Waffen SS). C’est la base anti-russe et pro-occidentale de l’Orangisme. De là viennent aussi les gros bras néofascistes qui tiennent la rue et la base électorale orangiste, les bataillons d’électeurs des Timochenko ou Yutchenko.

A l’Est, des régions historiquement et culturellement liées à la Russie et orthodoxes, des russophones et des russes ethniques majoritaires, aussi des masses ouvrières qui ont la mémoire de l’URSS. Enfin sur la Mer noire et en Crimée – région russe stupidement donnée à l’Ukraine en 1956 par Kroutchev – une population russophone fidèle à la Russie. Et qui avait dans les années 1991-95, où dominait un nationalisme ukrainien anti-russe à Kiev, avait lancé un mouvement indépendantiste et sécessionniste (du type de celui de la PMR).

3/ LA CONFRONTATION IDEOLOGIQUE ENTRE BRUXELLES ET MOSCOU :

Cette confrontation est celle entre la petite-Europe atlantiste autour de l’UE et une grande-Europe eurasiatique autour de Moscou. La confrontation entre Bruxelles et Moscou est aujourd’hui ouverte et va bien au-delà des questions économiques. Elle est politique et surtout idéologique. Elle est un choix ouvert entre deux visions de l’avenir du Continent. Comme l’échec de l’UE en Ukraine, qui a choisi Moscou comme vision d’intégration pan-européenne, la fin du régime atlantiste Sakhasvili en Géorgie, et celui annoncé en Moldavie, viennent de le démontrer.

Plus personne ne conteste aujourd’hui cette thèse géopolitique selon laquelle « l’Europe va de l’Atlantique à Vladivostok ». Autour de la Russie – avec notamment le Belarus du Président Lukashenko, se reconstitue de Brest (Pologne) à Vladivostok un pôle de puissance, géopolitique, économique et militaire, qui dresse à nouveau sur l’Espace ex-soviétique une grande puissance capable de rivaliser avec Washington et son bras armé militaire l’OTAN. Une SECONDE EUROPE, une AUTRE EUROPE eurasiatique se dresse face à la Petite-Europe atlantiste de Bruxelles liée aux USA. Et cette ‘Seconde Europe’ entend aussi être la rivale idéologique et l’alternative à l’UE.

Photos :

Géo-économie du bloc Ukraine-Moldavie-Belarus.

Les ‘deux’ Ukraine de la Révolution de couleur ‘orangiste’ en 2004.

TEM / avec RIA Novosti – EODE / 26 nov. 2013 /

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